Paroisse Cathédrale Saint Joseph

La cathédrale Saint-Joseph de Toamasina se dresse sur le boulevard Ratsimilaho, face à la rade et au port. C’est un monument emblématique de la ville. Il est très lié à son histoire, à celle du catholicisme local et même à celle du catholicisme malgache. On la repère de loin grâce à ses tours et à son éclatante couleur blanche.

Le bâtiment

Longue de 48 m et large de 19, l'église Saint-Joseph est un édifice de style néo-roman inauguré en 1932. C'est une église commémorative érigée comme mémorial à l'occasion du centenaire de la mort de Mgr de Solages (cf. plus loin). La façade principale est encadrée par 2 solides tours carrées dont celle de droite abrite une cloche et celle de gauche deux cloches. Une horloge y a été installée en 2014. Le parvis ouvre sur la plage et la rade de Tamatave. Une grotte à Notre- Dame-de- Lourdes en occupe le côté gauche. À l'intérieur, un porche rectangulaire précède 6 travées. L'église comporte 3 nefs. Elle peut contenir plus de 800 personnes. La voûte de la nef centrale est en anse de panier. Le choeur en demicercle occupe une septième travée. La cathédrale est actuellement le coeur d'un ensemble de bâtiments et de terrains dévolus à la mission catholique (écoles, archevêché, centre des oeuvres diocésaines). La croix de la façade, forgée à l'origine par Gustav Adolf Hassmann von Plettenberg (Berlin 1831 - Tamatave 1901), usée par les intempéries, a été remplacée en 2012 grâce à de nombreux donateurs, dont des zanatany et l'A.TOA. L' «ensemble Saint-Joseph», le long du boulevard Ratsimilaho : de gauche à droite, l'ancienne école des filles (devenu Centre Diocésain Père Henri Cotto), la cathédrale Saint-Joseph, l'archevêché, l'école des garçons (novembre 2014)

On notera que tout cet ensemble est bâti sur un terre-plein face à la mer. Cet aménagement a été réalisé après le cyclone de 1927 qui avait détruit tous les bâtiments existant alors, situés au niveau de la plage. Par précaution, les nouvelles constructions furent surélevées de deux mètres environ.

Origines de la cathédrale

Dans son implantation, la cathédrale est l’expression de l’enracinement local de la mission catholique, qui s’est effectué à travers une longue et tumultueuse évolution. Octobre 1861 : arrivée des premiers missionnaires, les pères jésuites Faure et Pagès, véritables fondateurs de la mission catholique à Tamatave. Un traitant métis anglais de Toamasina, M. Reddington, met à leur disposition un ancien hangar, « couvert de paille et ouvert à tous les vents », pour servir de chapelle. La première église, en bois mais sommaire, est érigée en 1864, entre les actuelles rue du Commerce et rue de l'Amiral Pierre, à l'emplacement de l'actuelle radio diocésaine Radio-Masôva.

Détruite par un cyclone en 1867, elle est remplacée par une deuxième église construite près de l'angle nord-est du carrefour de la rue du Commerce et de la rue Romain Desfossés, à peu près à l'emplacement des actuelles boutiques.

Celle-ci, détruite à son tour par un cyclone en 1872, est reconstruite en 1875- 76. Cette troisième église en bois et briques, un peu plus vaste, occupait donc une partie de la cour de l'école des garçons actuelle. Le 31 août 1903, les 3 premiers baptêmes d'enfants malgaches auront lieu dans cette église. Très endommagée par le cyclone du 3 mars 1927, elle sera remise en service jusqu'à l'ouverture de l'église Saint-Joseph actuelle en 1932. La photo de 1931 montre comment son parvis s'ouvrait sur la rue du Commerce.

Le nouvel édifice, tourné vers la rade, est béni en 1934. Une plaque apposée sur le mur en bas de la nef gauche rappelle son érection, après ce cyclone, en hommage à Mgr de Solages. En 1933, les Jésuites, qui avaient créé la mission catholique, passent le relais aux Montfortains. En 1935, le secteur confié à ces derniers devient préfecture apostolique, puis, en 1939, vicariat apostolique avec son premier évêque (Mgr Le Breton). 1950 : première ordination d'un prêtre malgache à Saint-Joseph. 1953 : arrivée de 4 pères des Missions Étrangères de Paris expulsés de Chine, dont le Père Henri Cotto. Ils fondent le Centre Catholique Chinois.

Le diocèse de Tamatave/Toamasina est créé le 14 septembre 1955. Saint- Joseph devient cathédrale et siège d'un évêché. Le bâtiment de l'évêché est mis en chantier. En 1972, est nommé le premier évêque malgache de Tamatave, Mgr Jérôme Razafindrazaka. Début des célébrations en malgache à Saint-Joseph. Le premier curé malgache est nommé en 1993. Le clergé malgache prend peu à peu le relais des pères montfortains. En 2010, Benoît XVI crée la province ecclésiastique de Toamasina et Tamatave devient archevêché. Autour de la cathédrale, se dressent au sud le Centre diocésain Père Henri Cotto, au nord l'archevêché comportant les bureaux et la résidence de l'archevêque ainsi que les bureaux paroissiaux, plus au nord encore l'école des garçons et les logements des Frères des écoles chrétiennes. Au chevet de la cathédrale, le bâtiment donnant sur la rue du Commerce faisait partie de l'école des Soeurs. En face, de l'autre côté de la rue du Commerce, un vaste bâtiment abrite des services diocésains (école de la Foi, salles de réunions…) et des logements. Dans le jardin en retrait, s'élève le local de Radio-Masôva.

La paroisse Saint-Joseph actuelle

C'est la plus ancienne des 9 paroisses catholiques de Toamasina-ville. Elle s’étend sur la vieille ville d’Ampasimazava. La paroisse Notre-Dame-de-Lourdes s'en est détachée dans les années 1920. Sur la paroisse, on note également la présence de - l’Apostolat de la mer, pour aider les marins de toute sorte, commerce, pêche en mer ou en rivière… et leurs familles ; - la Congrégation chinoise, fondée par le Père Cotto. La communauté chinoise est encore assez importante. Aux messes dominicales en français du samedi soir et du dimanche à 7 h, les deux lectures du jour sont aussi faites en chinois.

Les écoles des Soeurs et des Frères

La création d’écoles était très importante pour les missionnaires. En éduquant les jeunes générations, on formait les animateurs de la communauté catholique, les futurs responsables de la vie politique et économique locale ou nationale, on constituait le terreau où pourraient se développer les vocations sacerdotales et religieuses qui assureraient la relève du clergé missionnaire étranger. Ces objectifs ont été atteints à Saint-Joseph depuis plusieurs décennies. En arrivant en 1861 de La Réunion, les pères jésuites sont accompagnés de L'intérieur de la cathédrale en 1969 (Cliché P. Guillouzic) L'intérieur de la cathédrale vu de la tribune en 2014 soeurs de Saint-Joseph de Cluny et fondent immédiatement deux écoles. L’école des filles, tenue par les Soeurs, bâtiments qui se trouvent à gauche de la cathédrale (vue du boulevard Ratsimilaho). La première école est tenue par Mère Alphonsine et Soeur Marcelline. Le bâtiment initial se trouvait entre le chevet de la cathédrale actuelle et la rue du Commerce. Au début, les Soeurs furent hébergées par le consul britannique, M. Pakenham, bienveillant envers les catholiques (sa femme était catholique et il mourut en 1883, peu de temps après avoir reçu le baptême catholique). En 1864, l’école compte 40 élèves En 1888, 110 élèves (dont 69 internes), avec 3 soeurs En 1893, 250 élèves (dont 110 internes) L'école a fermé en 2013 et le Centre Diocésain Père Henri Cotto s'y développe.

L’école des garçons, qui se trouve à droite de l'archevêché. L’école est tenue par les pères jésuites, jusqu’à l’arrivée des Frères des écoles chrétiennes le 25 octobre 1869, le Frère Persévérance de Jésus, directeur, et les Frères Jean et Donat. Les Frères ne disposeront de leur propre maison qu’en 1869. En 1864, l’école compte 30 élèves En 1869, l’année de l’arrivée des Frères, elle en compte 45 (dont 20 internes) En 1888, 150 élèves (dont 60 internes) En 1893, 240 élèves (dont 120 internes) Depuis 2013, l'école est mixte. Fin 2014, elle compte 14 classes, 470 élèves, 20 enseignants, 3 frères. Avec l’église Saint-Joseph et des bâtiments de la mission tout proches, les écoles ont constitué un important pôle urbain de développement. Situé en bordure du quartier créole d’Ampasimazava et près du port, lieux où résidaient beaucoup d’étrangers, l’ensemble a formé un complexe religieux et culturel de rayonnement régional. Les deux écoles, longtemps gratuites, fournissaient, essentiellement en français, un enseignement général ainsi qu’une formation pratique et technique de base. Elles étaient tournées vers les classes aisées, mais aussi les pauvres. Elles font vraiment partie du patrimoine de Toamasina.

Pourquoi l ' « ensemble » Saint-Joseph est-il si important pour Madagascar ?

Il faut remonter ici aux origines du catholicisme dans le pays. Du XVIe au XVIIIe siècles, les missionnaires firent de multiples tentatives infructueuses pour s’implanter dans le pays, surtout dans le Sud-Est et sur la Côte Est. Sous le règne de Radama Ier, après le traité signé en 1817 avec l’Angleterre, les missionnaires protestants de la London Missionary Society (LMS), Jones et Bevan, arrivèrent à Toamasina en 1818, et fondèrent la première école du pays à Ambodisaina, à une dizaine de km au sud de Toamasina. Mais c’est surtout dans l’Imerina qu’ils développèrent des écoles, à proximité du pouvoir royal. Les catholiques cherchaient à les imiter, sans succès. En 1828, Radama Ier mourut, et la reine Ranavalona Ière manifesta une hostilité croissante envers les chrétiens, même si elle restait conseillée par quelques protestants. En 1832, Mgr de Solages voulut forcer le destin (cf. plus loin), mais échoua.

Ce n’est qu’avec l’avènement de Radama II, en 1861, que les conditions changèrent radicalement (hormis à Nosy Be et Sainte Marie, possessions françaises précoces). La mission catholique commence à Toamasina avec l’arrivée des premiers Jésuites le 13 octobre 1861, accompagnés de Soeurs de Saint-Joseph de Cluny pour créer des écoles de filles (à Toamasina et Antananarivo). À partir de ce moment, la mission catholique se développera de façon continue, mais irrégulière, en fonction des vicissitudes des relations malgacho-françaises (notamment dans la période 1883-1887), de la compétition avec les missions protestantes locales, puis, à partir de la colonisation en 1895, des relations avec le gouvernement français, partagé entre les exigences de la laïcité républicaine et l’intérêt de s’appuyer sur les réseaux catholiques dans sa conquête du pays autant que face à l’Angleterre.

Toamasina était la porte d’entrée majeure de l’île, tant en arrivant de la Réunion que de la « métropole », et, après Mgr de Solages (voir plus loin), vit toujours passer la grande majorité des missionnaires catholiques arrivant par bateau (avant que l’avion ne détrône celui-ci). On peut presque dire que la façade claire et majestueuse de la cathédrale souhaitait la bienvenue aux missionnaires arrivant en rade.

L’échec de Monseigneur de Solages

Une plaque à sa mémoire se trouve au fond de l’église, à gauche (photo de couverture), et à proximité se trouvent son portrait et ses reliques. Le comte Henri de Solages est né en 1786 à Rabastens (Tarn. Diocèse d'Albi). Ordonné prêtre en 1814, et nommé en 1829 « préfet apostolique de Bourbon, de Madagascar et de l’Océanie », il rêve de propager le catholicisme dans la Grande Île. Venant de la Réunion, il débarque à Tamatave le 17 juillet 1832, en pleine période d’hostilité de la monarchie merina au au christianisme. Le gouverneur de Tamatave, Coroller, l’accueille très mal. La reine ne répond pas à ses demandes d’audience. Las d’attendre une hypothétique autorisation royale, il décide, en septembre, de de partir avec deux domestiques vers Antananarivo. Par les dunes et les lagunes littorales, il gagne Andovoranto (le canal des Pangalanes n’existait pas à cette époque). Coroller le fait bloquer et isoler dans une case et interdit son ravitaillement. Fatigué, sans secours, épuisé par les privations et les maladies, il meurt le 8 décembre 1832 à Andovoranto, où il est enterré sommairement.

La tombe de Mgr de Solages à Andovoranto : vers un pèlerinage national.

Jusqu’en 1895, de nombreux témoignages attestent de la tombe de Mgr de Solages à Andovoranto. Puis, les témoins oculaires des événements ayant disparu peu à peu, les traditions orales et la localisation de la tombe deviennent plus approximatives. Vers 1930, on n’a plus de certitudes, alors que se profile le centenaire de l’arrivée du missionnaire. Sur la foi de quelques habitants, des fouilles entreprises en janvier 1932 permettent de mettre au jour les restes de son corps. Les reliques en sont transférées à Antananarivo, puis déposées à Saint-Joseph à Toamasina lors de la bénédiction de l'église en 1934. En 2010, l’archevêque d’Albi a introduit la cause de béatification de Mgr de Solages auprès du Vatican. Pour soutenir cette cause, et comme Andovoranto est dans le diocèse de Toamasina, l’archevêque de Toamasina, Mgr Tsarahazana, souhaite amplifier la dimension pastorale du passage de Mgr de Solages. En 2012, il y a célébré pour la première fois une messe en l’honneur de Mgr de Solages, et annoncé sa volonté d’en faire « un centre non seulement diocésain mais national pour le pèlerinage ». En 2013, une seconde messe a rassemblé 22 prêtres et 2000 personnes. Une collecte a été lancée pour la construction d’un lieu de culte. Un nouveau rassemblement a eu lieu en décembre 2014. Le diocèse souhaite développer là un lieu de pèlerinage national pour les catholiques malgaches.