Les Frères des écoles chrétiennes (ce document est téléchargeable dans les archives de l'Archidiocèse de Toamasina)

SAINT JEAN BAPTISTE DE LA SALLE, fondateur de la congrégation des Frères des Ecoles Chrétiennes est né le 30 avril 1651 dans une famille de la bonne société de Reims en Champagne (France), Jean-Baptiste est l’aîné de onze enfants et “Louis de La Salle, son père, conseiller au siège présidial de la même ville, lui donna une éducation conforme à sa naissance » : ses études – la langue d’enseignement est le latin – au Collège des Bons Enfants puis à l’Université de Reims le conduisent le 10 juillet 1669 à la Maîtrise ès Arts, titre lui donnant le droit d’enseigner à l’Université. Mais c’est vers le sacerdoce que s’oriente le jeune homme : tonsuré à 11 ans, il en a moins de 16 quand il reçoit d’un parent, Pierre Dozet, la charge de chanoine.

L’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes est fondé à Reims en 1680 par saint Jean-Baptiste de La Salle, et voué à l'enseignement et à la formation des jeunes, en particulier des plus défavorisés. L'institut des Frères des Écoles chrétiennes, expressément désigné ainsi par le fondateur lui-même, est une congrégation laïque masculine de droit pontifical à vœux simples. Les Frères ne sont pas prêtres. Aux vœux traditionnels de pauvreté, chasteté, obéissance, les frères ajoutent une consécration totale de leur personne à la Sainte Trinité qui conduit à un engagement de stabilité dans la société pour tenir ensemble et par association les écoles gratuites ou faire dans ladite société ce à quoi ils seront employés soit par leurs supérieurs, soit par le corps de la société. Les frères portaient une soutane noire non boutonnée avec un large rabat blanc, ils étaient familièrement surnommés les « Frères quatre bras » à cause de leur grand manteau à manches flottantes.

Afin de mieux attacher ses disciples à leur vocation d'instituteurs, Jean-Baptiste de La Salle avait écarté résolument les Frères du sacerdoce en leur interdisant l'étude du latin, et cette règle fut strictement observée jusqu'en 1923. À cette époque, par une lettre adressée au 34e chapitre général, le pape Pie XI, leur demandait formellement d'ouvrir leurs programmes aux études classiques. Les frères se sont inclinés devant la volonté pontificale et ont modifié leurs Règles, afin de pouvoir aborder l'étude du latin et l'enseignement classique. L'emblème de l'Institut est une étoile d'argent rayonnante placée sur un bouclier bleu dans lequel figure la devise « Signum Fidei » ou « Signe de la Foi. » L'étoile fait allusion à la foi et à la charité avec la devise, « Indivisa manent » (« que rien ne nous sépare jamais! - restons toujours unis ! »).

LES FRERES DES ECOLES CHRETIENNES A MADAGASCAR (1866-2016)

En 1817, les fils de Saint Jean-Baptiste de la Salle étaient venus comme missionnaires à la Réunion, dénommée alors ile Bourbon. « En 1844, le T.H.F. Philippe, Supérieur Général, dans son supplément de la Circulaire n°135 sous la date du 29 Avril 1844 disait : « … Une mission toute nouvelle nous est offerte. Il s’agirait de former un établissement dans une des îles appartenant à la France (La Réunion) et de recevoir les jeunes gens qui seraient envoyés par les missionnaires qui évangélisent (Madagascar), afin d’en former des catéchistes qui se répandraient ensuite eux-mêmes, soit à la suite des missionnaires, soit pour leur préparer les voies. ..… Quelle belle mission ! Mais pour la remplir il faudrait de vrais petits apôtres ». Depuis 1847, les Jésuites ont ouvert un établissement appelé N.D. de la Ressource ou ils préparent les jeunes Malgaches à seconder, comme auxiliaires ou catéchistes, dans la mission de Madagascar. Demande est faite aux chers Frères de prendre la direction de N D de la Ressource

Pendant ce temps, la reine Ranavalona I, voulant sauvegarder la religion traditionnelle, interdit la prédication du christianisme, introduit par les premiers missionnaires protestants Malgré tout, deux prêtres jésuites, P Jouen et P Weber parviennent à pénétrer à Tana. Pour réaliser ce tour d'audace, ces deux vaillants durent recourir aux stratagèmes, habillés en civiles et affublés de titre d'aides chirurgiens, ils accompagnaient un docteur de la Réunion, M Milet de Fontarabie qui était appelé à Tana pour mettre un nez postiche à un grand personnage de la cour. Le docteur parti, ils sont restés, plus ou moins en connivence avec le prince Rakoto. A la mort de la reine, ils se sont fait connaître au public

Le 24 Septembre 1861, Radama II, successeur de la défunte reine leur donne toute la liberté pour prêcher le catholicisme dans son royaume. L’évangélisation de Madagascar est alors confiée à la Compagnie de Jésus Le 3 Mai 1862, à la suite d’un accord passé quelque jours auparavant avec le cher frère Jean de Matha, Visiteur de la Réunion, il remet aux frères des écoles chrétiennes la direction de N.D. de la Ressource, que les frères « conduiront d’après leurs usages et règlements, en prenant en toute considération le but que se sont proposés les RR. PP. Jésuites en fondant l’établissement de N.D. de la Ressource, qui est de faire de ses enfants de bon chrétiens et même de bon instituteurs, autant qu’il en serait capable ». C’est ainsi que les frères des écoles chrétiennes ont commencés à travailler à la formation chrétienne des jeunes malgaches dès 1862.

Mais à peine fixés à Tananarive les Jésuites, afin de se libérer pour des taches plus directement sacerdotales, commencent des instances auprès des frères pour les inviter à nouveau à prendre en main la direction de l’école qu’ils ont fondée à Antananarivo Des négociations sont menées qui aboutissent à une convention signée le 23 Octobre 1866, entre le P. Cazet, supérieur régulier de la Mission, et le Cher Frère Jean de Matha, Visiteur Le 7 Novembre vers 5 heures, les Frères Gonzalvien, Ladolien et Yvon, ces deux originaires de la Réunion, s’embarquent à Saint Dénis sur l’Indre que commandait le lieutenant de vaisseau Fournier. Le 10, ils jetaient l’ancre à l’île Sainte-Marie, et le 12, ils mouillaient devant Tamatave. L’équipage, en majorité breton, et pour la plupart anciens élèves des Frères, leur fit des adieux sympathiques. De leur côté les PP. Faure, supérieur, et Limozin, de la Compagnie de Jésus, les reçurent avec une extrême bienveillance et les retinrent pour trois jours : le temps suffisant pour engager les bourjanes (porteurs), à raison de huit par voyageur, et les portefaix. Voyageant en filanzane, au petit trot de gais porteurs, par monts et par vaux, passant par des fondrières et d’épais fourrés, nos voyageurs, deux Pères et trois Frères, atteignaient Andévorante où avait terminé sa course apostolique, dans l’abandon le plus complet, Mgr. de Solages et où reposait aussi l’ex-Frère Zoélien. À Ambohipo, à cinq kms de la capitale, le P. Layat prévint les missionnaires de leur arrivée.

Le 7 Novembre suivant, Le 12, ils entrent à Tananarive, par la porte d’Ambavahadimitafo, acclamés par les élèves de la Mission que la P. Roblet a conduits à leur rencontre, « un grand nombre d’enfants bien éveillés, a écrit le Frère Gonzalvien ; ils nous ont abordés en nous saluant en français et nous disant : « Frères, nous somme bien contents de vous voir arriver au milieu de nous ; comment avez-vous fait le voyage ? » Cette arrivée fit sensation, à en croire le F. Ladolien qui a noté de son coté : « En entrant dans la ville, nous étions bien escortés, je vous assure ; les curieux n’avaient pas assez de leurs deux yeux pour nous regarder. Il parait même que sa Majesté était sur son balcon, avec le parasol rouge, emblème de son autorité et de sa puissance. Je ne sais pas si c’était pour nous regarder ; moi je ne l’ai pas vue ; le fait est que nous avons fermés nos parasols et que nous somme descendu de nos filanjana. C’est le cérémonial à observer lors que la Reine est à son balcon. » C’est le P. Delbosch qui les reçut et les présenta au R. P. Jouen, Préfet Apostolique.

En les voyant, le Père Jouen, que la maladie obligeait à garder la chambre, s’écria : « Ah, vous voilà ! Il y a longtemps que je désire vous voir ici ! Aujourd’hui mais vœux son accomplis ; Dieu soit béni ! Je pourrai dire mon Nunc dimittis ! » Dans la soirée, la Mission fit prévenir la reine, Rasoherina et le PM Rainilaiarivony de l’arrivée des Frères. La Reine répondit en envoyant des cadeaux de bienvenue : du riz et une oie qu’on aurait bien payé quinze francs à Saint-Denis, à estimé le F. Ladolien. Puis le fils adoptif de la Reine, jeune prince Ratahiry, et sa sœur leur firent porter, « en grande cérémonie, deux poules engraissées au palais » Le premier logement des frères fut une case, que l’on appelait encore « case des idoles » car elle avait servi autrefois à abriter les sampy (idole) du quartier. Deux petites pièces en rez-de-chaussée et sous un toit de bozaka (paille), un galetas qui devait servir de dortoir.

Quatre jours après leur arrivée, le Mercredi 28 Novembre, les Pères Abinal et Roblet qui tenaient l’école des garçons, présentèrent les nouveaux venus à leurs élèves : 55 enfants, répartis en deux classes. Le local scolaire n’était qu’une sorte de hangar en roseaux de 12 mètres sur 5, haut de 2 mètres 50, divisé en 2 par une cloison. Mais dès le 25 Janvier suivant, le Frère Espagne, frère coadjuteur jésuite, mit en chantier un bâtiment plus adapté à la vie de la communauté des frères et à leur apostolat. Ce nouveau local s’imposait d’autant plus que seul dans le mois de mars1867, le nombre des élèves restés jusqu’alors à peu près stationnaire, augmenta de 15. Les Frères s’y installèrent le jour de la fête du patronage de Saint Joseph. Dans les derniers jours de l’Octobre de cette même année, le prince Ratahiry et son cousin Rasoarandrana commencèrent à fréquenter l’école des frères, au début une partie de la journée, puis matin et soir. Mais leur assiduité s’estompa dans les derniers jours de l’année, pendant la maladie de Rasoherina qui mourut le 1er Avril 1868. A partir du 21 Juin suivant, les jeunes princes fréquentèrent à nouveau régulièrement l’école. Leur retour décida de nombreux parents, qui attendaient de savoir « de quel côté tournait le vent du Rova (palais)», à confier aux fils de Saint Jean-Baptiste de la Salle l’éducation de leurs enfants. Fin 1868, deux ans après leurs arrivées à Tananarive, les Frères comptaient sur leurs registres 207 élèves inscrits. Mais déjà le Père Jouen leur avait demandé d’ouvrir une seconde école près de l’église d’Ambohimitsimbina et une troisième à Tamatave. L’arrivée de Frère Ignace-de-Jésus, Indronis et Ignace-André en Juin 1869, puis celle du Frère Persévérance-de-Jésus en Octobre, permirent de mettre ces projets à exécution dans des délais record.

FORMER DES INSTITUTEURS DES CATECHISTES :

Dès leur arrivée les frères avaient été sollicités de toute part de former des instituteurs pour les écoles de la Mission, dont la création était souhaitée en ville comme à la compagne. Pour parer au manque de Maîtres, ils eurent recours à des élèves plus avancés à qui ils confiaient les plus jeunes. « Quand les Pères veulent commencer une école, écrivait au Frère Gonzalvien le Frère Jean Olympe, Assistant, c’est le cas de leur fournir un bon élève qui viendrait de temps en temps vous consulter et que vous aideriez en lui indiquer la marche à suivre… Quand vous le pourrez, si les pères le désirent, vous ne ferez pas mal d’aller visiter ces élèves devenus maîtres, pour les voir en fonction et leur donner une direction. » Le Frère Gonzalvien fut ainsi amené à s’occuper non seulement de l’école d’Andohalo, mais des autres écoles de la ville et même de celle des villages voisins. A partir d’Octobre 1869, les Frères organisent des cours de soir qui permirent de donner une formation accélérée à des nombreuses jeunes maîtres. Parmi ces auxiliaires que le Frère Directeur recrute dans les rangs de ses meilleurs élèves l’un devait, à lui seul, le récompenser de toute ses fatigues.

Le premier Frère Malgache Il était né dans le quartier de Mahamasina en 1856, et s’appelait Rafiringa. Son père, chef des forgerons de la reine, chargé de contrôler les anneaux de fer par lesquels on attachait les prisonniers, était encore païen lorsque le jeune Rafiringa commença à fréquenter l’école des frères en1869, et reçut le baptême avec le nom de Raphael, dans l’église de Mahamasina, le 20 Octobre de cette année. Le 16 Novembre 1874 un premier deuil frappa les Frères des Ecoles Chrétiennes à Madagascar. Le Frère Yon meurt, âgé de 30 ans. Pour le remplacer, le Frère Gonzalvien fait appel à Rafiringa. Trois ans plus tard, l’élève devenu Maître, confie qu’il se sent attiré par les exemples de ses éducateurs, et il demande à partager leur genre de vie en devenant l’un d’entre eux.

Il est admis au noviciat, reçoit l’habit de Saint Jean-Baptiste de la Salle le 1er Mars 1877 et s’appellera désormais le Frère Raphael Louis Rafiringa. En dépit des occupations déjà si nombreuses qui pèsent sur lui, le Frère Gonzalvien se charge lui-même de sa formation religieuse. « Il convient, lui écrivait le Supérieur Général de la Congrégation ; que l’aîné de la famille du Vénérable de la Salle à Madagascar ressemble le plus possible à son père. » Le Frère Gonzalvien était homme à prendre cette consigne au sérieux, et à la mettre en pratique avec une certaine « intransigeance et raideur », pour employer ses propres expressions. Cette formation dura pratiquement 7 ans. Le Frère Raphael était à peine sorti des années d’initiation à la vie religieuse qu’il fut brusquement chargé d’assumer des responsabilité qui aurait écrasé un homme mûr, enrichi de longue années d’expérience.

Une mission exceptionnelle : un Frère chef d’Eglise
En Mai 1883 la première guerre franco-malagasy éclate. Tous les missionnaires français doivent quitter le pays. Rafiringa reste seul, ainsi que trois novices malgaches des Sœurs de saint Joseph de Cluny. Les pères confient les chrétiens à Victoire Rasoamanarivo, nièce et belle-fille du premier ministre. Dès le dimanche suivant les fidèles se réunissent dans la cathédrale d’Andohalo et élisent le Frère Rafiringa Président de l’Eglise catholique, privée de ses pasteurs. Pendant les trente mois que dureront les hostilités, sans chercher à se ménager, exposant même sa vie, il se dépensera pour assurer la vitalité des paroisses et des associations catholiques. Il inspecte les écoles, dirige les réunions de prière de dimanche, prêche des retraites, accompagne les novices de Sœurs de S J de Cluny et trouve encore le temps de recueillir les fonds pour venir en aide aux pauvres et aux lépreux. Lorsque le 19 avril 1886, il vit revenir ses confrères, le Frère Sabien qui remplaçait le Frère Gonzalvien dans les fonctions de Directeur, et les frères Odilard-Rémi et Vétul Joseph, il reprit avec joie la vie de communauté, au milieu d’eux, à son poste, humble, effacé, régulier. Une seconde épreuve de même nature, mais de plus courte durée, devait l’attendre durant la seconde guerre de franco-malagasy. Le Frère avait aussi la réputation de manier la langue malgache avec élégance. Outre des dons oratoires qui avaient attiré l’attention du Premier Ministre sur sa personne lors d’une cérémonie le 10 Février 1891, il avait composé différents opuscules et plusieurs articles, tant sur des questions de grammaire et de syntaxe malgache, que sur les problèmes qui touchent l’éducation et la famille. En 1901, en reconnaissance sans doute des services qu’il avait rendus en apprenant le malgache au Résident général Laroche, mais aussi en exposant au général Gallieni ses vues personnelles sur la manière de travailler à la pacification du pays, il reçut la médaille de l’Ordre du Mérite Malgache. En 1902, Gallieni fonda l’Académie Malgache. Le Frère Rafiringa est invité à en faire partie, aux côtés des plus éminentes personnalités connus pour leurs connaissances concernant Madagascar.

Epreuve de la prison
Les années passaient. Le Frère jouissait de la réputation d’un religieux pieux, régulier, soucieux de ne pas perdre un seul instant de ses journées, lorsque le 24 Décembre 1915, vers six heures et demie du soir, un commissaire de police se présente à la communauté, porteur d’un mandat d’arrêt le concernant. Ce n’est qu’à son arrivée à la prison d’Antanimora qu’il comprend qu’il est inculpé de faire partie de la V.V.S, société secrète, dont on vient de découvrir l’existence et dont le but est de soulever les populations contre l’administration française.

Le jugement rendu le 18 Février suivant reconnaît son innocence et ordonne sa mise en liberté immédiate. Le Frère, ainsi que le Père Venance Manifatra et le Frère Julien qui avaient subit le même sort, n’avaient été arrêtés que sur les dénonciations basés sur des « on dit », des « il parait que » « j’ai entendu dire que »… Afin d’ôter tout malentendu dans l’esprit des populations, le Gouverne General Garbit tint à les recevoir quatre jours après leur libération et à s’entretenir amicalement avec eux. A partir de cette époque, la santé du Frère commence à décliner. Les accès de fièvre se multiplient. Ses supérieurs estiment qu’un changement de climat est indiqué, et l’envoient à Fianarantsoa, où les Frères tiennent une école depuis 1887. Le Frère Rafiringa y arrive le 6 Juillet 1917, et reprend la vie de communauté d’un authentique fils de Saint Jean-Baptiste de la Salle, convaincu comme il l’écrivait alors, que sans piété, à moins d’une sorte de miracle, il n’est pas possible de persévérer. En avril 1919, une fatigue persistante l’oblige à interrompre ses occupations. Le médecin constate une « cachexie évoluant sur un tempérament usé ». Le Frère devait mourir quelque jour après la fête de Jean-Baptiste de la Salle, le 19 Mai 1919. A cette date sa Congrégation allait prendre son essor et s’orienter résolument vers le recrutement assuré sur place

DES FRERES DANS L’ENSEIGNEMENT OFFICIEL

Dans les premiers jours de janvier 1897, M. Gautier, Directeur de l’Instruction Publique, rendait au cher frère Ismaël-Norbert la visite que celui-ci avait faite à l’occasion de la nouvelle année. L’entretien se déroule dans une atmosphère des plus cordiales, et le Frère Ismaël-Norbert se permet de dire à son interlocuteur : « vraiment monsieur le Ministre de l’instruction, jusqu’à présent rien de bien sensationnel ne signale votre passage aux hautes fonctions que vous remplissez depuis bientôt deux ans ! Et que pourrais-je donc bien, faire de sensationnel pour signaler mon passage ? C’est bien simple ; faite venir ici 50 Frères des écoles chrétiennes ; ils renouvelleront le pays et on en parlera ! Pas 50, mais on pourrait faire venir quelques-uns ! » Cette conversation amicale commencée sur le ton de la plaisanterie devait rebondir dans les plus hautes sphères de l’administration, et aboutir à un accord officiel des plus inattendus.

Prenant congé du Frère, M. Gautier se rendit directement chez le Général Gallieni et lui soumit ce projet. A l’affût des moyens de développer l’enseignement à Madagascar, le gouverneur général se souvint qu’il avait été élève des frères des écoles chrétiennes dans sa jeunesse à Saint-Béat et ne laissa pas tomber aussi une bonne aubaine. Le ministre des Colonies, André Lébon, est consulté ; il accepte, et le 8 Avril suivant il signe à Paris une convention avec le Frère Gabriel-Marie, Supérieur Général Frères des écoles chrétiennes. 15 Frères seront envoyés à Madagascar ; leur congrégation recevra des colonies une subvention annuel de 25.000 francs ; l’accord est prévu pour une duré de 20 ans.

Un arrêté, signé à Tananarive, par Gallieni le 10 Août, met à la disposition des Frères des terrains et des bâtiments qui s’y trouvent afin d’y installer des écoles, dans cinq quartiers : Ambavahadimitafo, Ambohimitsimbina, Faravohitra, Isotry et Mahamasina au lieu dit jardin de la reine. La rentrée doit avoir lieu en Octobre. Les cinq écoles s’ouvrirent à la date prévue. Trois ans plus tard, elles comptaient plus de 1.300 élèves. Le Frère Ismaël-Norbert compose les manuels scolaires adaptés. Il publie coup sur coup les livres destinées aux différents cours : cours préparatoire, élémentaire et moyen. « Les 2 premiers surtout étaient excellents », écrit le Père Suan. Leur première édition, épuisée en 8 jours, fût suivi de 10 autres. Gallieni montra l’intérêt qu’il portait à ses écoles en allant les inspecter personnellement à plusieurs reprises. Entre 1897 et 1905, le journal Officiel n’a pas publié moins de 39 articles qui relatent les visites que leur fit le Général ou décrivent le zèle que déploient les Frères qui répondent à l’instruction « en se conformant au programme préconisé par l’administration et donnant un exemple qu’on souhaite voir ailleurs ».

Mais les premières lois dites laïques sont votées en France sur ses entrefaites. Gaston Doumergue, qui a remplacé André Lébon au ministère des colonies, entend les appliquer outre-mer. Le 14 février 1903, il câble à Gallieni de « prendre les dispositions nécessaires pour substituer, aussi rapidement que possible, le personnel laïque au personnel congréganiste », dans le service relevant de l’administration. Le Frère Ismael-Norbert est averti par le Directeur de l’enseignement que le contrat est caduc. On lui propose le choix entre accepter la résiliation de bonne grâce avec indemnité ou se la voir imposée de force sans dédommagement. Le frère ne peut que s’incliner et reçois une compensation de 55.000 francs. Le fils de saint Jean-Baptiste de la Salle quitta les écoles des quartiers le 29 décembre 1903, et le 26 janvier suivant 10 d’entre eux s’embarquèrent pour la France.

ASSURER L'AUTONOMIE DU DISTRICT

Pour assurer la subsistance des communautés, les Frères de cette période de fondation du district avaient misé sur l’acquisition de terrain à exploiter ; c’est ainsi que la communauté de Tananarive pouvait disposer de la campagne de Soavimbahoaka ; saint Louis d’Ambositra, de saint Joseph d’Analabe. Pour l’ensemble du district le Frère Norbert a demandé et obtenu une concession de 6 000 ha, Sainte Anne des Antaiva. Lorsque la création d’un noviciat à Madagascar fut décidée en 1920, Soavimbahoaka fut choisi pour en être le berceau. L’inauguration eut lieu le 21 Novembre, à l’occasion de la prise d’habit de celui qui reçut en religion le nom de Frère Joseph Timothée, directeur de l’école de Faravohitra. Le premier maître des novices fut le Frère Augustin-Félix. Mais rapidement le besoin se fit sentir de compléter la formation religieuse donner au noviciat par l’acquisition de compétences dans les divers branches du savoir, notamment en pédagogie. Le 16 Avril 1926 un scolasticat s’ouvre, également à Soavimbahoaka.

A partir de 1928, et appelé à s’accentuer au cours des années suivantes grâce surtout à l’influence du Frère Neter-Auguste, un courant en faveur des vocations se dessine, en particulier parmi les élèves d’Ambositra et d’Andohalo. En marge de ses 2 écoles de pré-juvénats, sont fondés. Transférés l’un et l’autre à Soavimbahoaka en 1930 ils sont fusionnés pour former « le petit noviciat ». L’augmentation des sujets sera telle que, 20 ans après, Soavimbahoaka ne suffit plus pour abriter les différentes maisons qui y ont été installées. En 1953, le noviciat est transféré à Analabe, près d’Ambositra, 5 ans plus tard, il faut décharger le petit noviciat, et un nouveau petit juvénat est ouvert à Soavinandriana, où il reste jusqu’en 1964 année où il est, lui aussi transporté à Analabe. Il comptait alors 35 juvénistes. Le noviciat voisin préparait à la vie religieuse 14 novices, 6 de première année et 8 de seconde année. A Soavimbahoaka, il y avait, 42 juvenistes ; au scolasticat, 23 étudiants qui suivent les classes terminales (philosophie ou science expérimentales) ou même certains, les cours de l’université. Une innovation de cette époque mérite d’être signalée : depuis la dernière rentrée scolaire des Frère du Sacré Cœur poursuivent leur formation à Soavimbahoaka, les séminaristes des Pères de lasalette et ceux du diocèse d’Antananarivo y viennent pour les classes Terminales, inaugurant ainsi une forme de collaboration qui se poursuivra en s’améliorant

A voir le résultat de leur travail, les frères des écoles chrétiennes ont bien mérité de l’Eglise à Madagascar. Nombreuses sont les vocations sacerdotales ou religieuses qui ont germés dans leurs écoles. Un autre fait témoigne également de l’implantation de la congrégation des fils de Jean-Baptiste de la Salle dans la grande Ile. Depuis leur arrivée jusqu’en 1946, Madagascar, Maurice et La Réunion ne formaient qu’un district. L’animateur en fut pendant 15 ans, de1937 à1952, le Frère Possesseur-Pierre Visiteur ; il a donné au district une impulsion dont le bienfait se fait encore sentir. Il prépara l’installation du noviciat à Analabe, décida l’ouverture de l’école de Soavimbahoaka en 1941, ainsi que la fondation du collège secondaire de la Sainte Famille à Mahamasina (Tananarive) en 1947. En 1946, l’île Maurice fut détachée du district de Madagascar pour être réuni du district de langue anglaise. En 1962, à son tour, La Réunion est séparée et constitue un district autonome ainsi que Madagascar. Le premier Visiteur malgache de ce district est le Frère Joathas-Simon, lui-même ancien d’Ambositra, et entrer en novice le 21 novembre 1929. Le premier maître des novices malgache est le Frère Jules-Maurice, ancien d’Andohalo, qui avait pris l’habit le 31 mais 1931. 2 Février 1935 : Prise en main par les Frères de St Joseph Mahamasina Est ; les Frères résident à Andohalo 24 Aout1959, ouverture de la communauté d’Ambatondrazaka, avec les Frères Florian Paul, Josceran Vital, Joscion Marie : une prise en main sans tambour ni trompette 1 Septembre 1959 : arrivée à Antalaha des trois Frères fondateurs : Frères Jules Maurice, Joseph Léon et Innocent Emile 13 septembre 1959, Dimanche, inauguration simultanée des deux écoles lasalliennes d’Antalaha et d’Ambatondrazaka, elles ont le même fondateur : le P. Jean Mordel 1966 le district est centenaire, dans un encadrement entièrement malgache, il comptait, en plus des 14 novices, 144 religieux ayant prononcé les vœux : 1 Argentin, 1Bulgare, 1 Colombien, 6 Espagnoles, 10 Français, 3 Mauriciens, 7 Réunionnais et 115 Malgaches.

1966 - 2016 - Troisième Période de l'histoire

Le 3eme cinquantenaire que nous vivons actuellement a vécu une période de changement drastique tant au niveau des nations que de l'Eglise; Madagascar lui-même n'a pas échappé à cette révolution d'ensemble. Dans l'Eglise, le Concile Vatican II n'a pas été sans susciter des réactions contradictoires. Plusieurs nations ont vu les jeunes contester la société qui était la leur. Les ainés d'entre nous se souviennent encore de Mai 1968 en France. Pour ce qui est de Madagascar, il y a parmi nous des survivants de 1972 et des acteurs de 2009. Ce sont des périodes de bouleversement qui n'ont pas été sans créer un état d'esprit nouveau, autre que celui le précède.

Un temps de crise et de reprise
Cela n'a pas été sans bouleverser le sens de l'ordre et de la discipline inhérente à la vie consacrée traditionnelle. Les jeunes ont été majoritairement les premiers à s'embarquer dans la contestation Les maisons de formation se sont vidées petit à petit, par manque de recrutement et abandon de ceux qui y étaient déjà. Ainsi par manque d'apport de nouveaux candidats et par désertion de Frères adultes, le district voit baisser progressivement le nombre de ses membres. En 1960 le district comptait 22 novices à Analabe, il n'en avait pas en 1974 Le temps des indépendances politiques des pays d'Afrique dont fait partie Madagascar a été aussi des moments d'initiatives nouvelles et de prise de responsabilité. Le temps de crise favorise aussi le regroupement des éléments homogènes; on cherche à se soutenir mutuellement. C'est ainsi que sont nés les services communs des districts d'Afrique. Il est à remarquer que bien avant la création de ces services communs, les districts d'Antananarivo et de Haute Volta avaient commencé à collaborer ; ainsi avec les Frères Frères Marius Vauzele et Gilbert BE avaient pris part à la formation des novices de Toussiana. Le district de Tananarive a joué un fondamental dans la création du CLAF appelé originairemùen CLAM. La contribution du district à l'établissement et le fonctionnement de la RELAF a été remarquable, tangible; on peut rappeler des noms bien connus: Frère Marcelin, Fr Hilaire, Fr Michel... La création du noviciat commun à Kinshasa puis à Bobo Dioulasso n'a pas été sans la contribution du district d'Antananarivo, lequel en a tiré aussi beaucoup d'avantage

Une plus grande participation à la vie de l'Eglise Tout en s'adonnant à sa mission éducative scolaire les Frères ont apporté une contribution spécifique dans l'inculturation de la liturgie et de l'enseignement Concernant l'inculturation de l'Eglise à Magascar, les Frères ont porté leur contribution dans le domaine de la réflexion théologique. Le Fr Hilaire a ainsi soutenu une thèse de doctorat ayant pour titre: Eglise et Fihavanana à Madagascar: une Herméneutique malgache de la Réconciliation selon St Paul 2 Co 5, 17-21 Mais c'est surtout dans le domaine du chant liturgique malgache que les Frères ont apporté leur abondante constitution. On peut signaler en premier lieu la chorale de Soavimbahoaka des années 1960, constituée par les jeunes en formation et leurs formateurs. En plus un bon nombre de Frères au gout musical diversifié avaient le don de composer des chants religieux qui loin d'être éphémères restent encore vivaces aujourd'hui, tels sont les chants du F Constant, Fr Gaetan. La contribution des Frères à la fondation du groupe liturgique Ankalazao est loin d'être négligeable sinon fondamentale. Dom Gilles, l'initiateur d’Ankalazao, n'était-il pas venu maintes fois à Soavimbahoaka chercher inspiration et aide auprès de Baign Dezy et de ses confrères lasalliens d'entan.

Au lendemain des mouvements de 1972 le gouvernement a décrété illico la malgachisation de l'enseignement, et son application immédiate; pourtant aucun outil pédagogique approprié était disponible. Pour parer à cet inconvénient, les Frères ont créé FOFIPA sous l'initiative du Frère Grégoire, Edmond Ranglisy, avec la collaboration des enseignants lasalliens. Il s'agissait de composer des livres de classe à mettre à la disposition des élèves Comme initiative de fondation au cours de cette période, on peut signaler la prise en main temporaire de Port Bergé; nous disons temporaire, parce sans crier gare, l'Ordinaire du lieu a dit aux Frères de plier bagage et de partir. Une fondation qui est encore à ces débuts est celle de Toliara. A titre de rappel historique on peut signaler que déjà en 1925 le P. Engelvin, Directeur de la Mission de Tuléar avait écrit au Directeur des F E C, à Soavimbahoaka pour lui offrir la direction des écoles de la mission. Les Frères sont venus y fonder l'Ecole SJBS en 2009; c'est le dernier né des œuvres scolaires du district. Nous croyons que le district est encore capable de croitre et d'assumer une mission aussi dignement que par le passé, sinon davantage encore. Saint Jean-Baptiste de la Salle n’avait pas prévu une telle expansion outre-mer de la congrégation qu’il a fondé à Reims en 1682, et dont les débuts avaient été aussi peu rassurant; le grand arbre, si profondément enraciné de nos jours dans le sol malgache, ne vise qu’à répondre au désire qui l’anima toute sa vie, instruire le plus grand nombre d’enfants possible dans la crainte de Dieu et la vie chrétiennes .